Sous les lunes de Serenga

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Sous les lunes de Serenga
Voyages de l'âme

Sous les lunes de Serenga

Entendez simplement les murmures…

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Le seuil L’histoire

C'est ici que tout commence, dans le silence et dans ce que l'on laisse vivre en nous au‑delà des mots : le vide.

Solène ne cherchait rien. Elle a atterri là où plus personne ne parle. Nahëm n'a pas tenté d'arrêter ce qui arrivait, il a suivi le rythme. Ils ne sont pas tombés en amour. Ils se sont alliés dans ce qui n'avait pas encore de forme.

En venant sur Serenga, Solène a choisi une parenthèse parce qu'autour d'elle, il n'y avait plus rien à espérer. Sans qu'elle le sache, dès son premier pas sur ces terres, une porte intérieure s'est entrouverte et lui a révélé des territoires inexplorés en elle dont elle ignorait l'existence.

Serenga n'est pas une planète comme les autres. Elle ne prend rien, ne dicte rien. Elle reflète ce qui est prêt à émerger chez ceux qui osent s'y déposer. Son silence, loin d'être un vide, est la présence subtile d'une conscience capable d'accueillir ce que tant d'autres mondes rejettent : une écoute inconditionnelle.

Franchir Un premier pas dans l'histoire

Elle hésita, un instant : celui où l’on ne sait pas si l’on est prêt à recevoir la profondeur de l’autre. Puis ses doigts effleurèrent enfin les miens, et la connexion s’ouvrit dans une vague douce, mais inéluctable. Le monde autour disparut, remplacé par ce que je portais en moi sans les partager : une mémoire vibrante, tissée d’images sensorielles. Elle palpitait comme une sève ancienne sous ma peau, prête à s’ouvrir. Solène n’entra pas immédiatement dans mes souvenirs. Je choisissais chaque image, chaque expérience. Je commençai par ce que nous étions, avant que le silence ne nous enveloppe. Je la conduisis dans cet espace fragile où les souvenirs de mon peuple brillent encore. Nous étions sous les deux lunes, leur lumière s’entrelaçait en créant des faisceaux mouvants entre les hautes colonnes cristallines de notre sanctuaire. Là où Solène avait vu des structures figées, je lui montrais ce qu’elles étaient autrefois : vivantes, vibrantes, baignées dans une lumière liquide. Les colonnes ondoyaient avec chaque note que nous chantions. Nos voix montaient, se mêlaient, et la pierre les accueillait comme une matrice d’échos infinis. Je pouvais presque entendre la pureté du chœur qui surgissait dans mes souvenirs. Les Gardiens n’étaient pas simplement des êtres qui dansaient ou méditaient sous des arches. Nous étions des tisseurs de liens. Je lui montrai nos danses, des mouvements précis et prévus pour l’harmonie. Chaque pas décuplait une fréquence ; chaque torsion de nos corps activait une réponse dans la pierre, dans l’air, et jusque dans la terre. Nous ne faisions pas qu’exprimer notre émotion : nous la gravions dans la planète elle‑même. Je sentis Solène retenir son souffle dans le lien. Elle voyait, mais surtout elle sentait. Je percevais ses sensations refluer vers moi : la chaleur douce de la lumière des lunes, le frisson qui montait en elle face à nos chants. Ils n’étaient pas ordinaires : ils ne racontaient pas des récits figés, mais portaient chaque vie, chaque émotion, chaque choix de notre peuple.

La suite se lit d'un souffle.

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Angélique Malakh · Voyages de l'âme