Kamran
« Tu n’es pas censée arrêter ta séance avant que je t’en donne l’autorisation. »
L’ange s’était rhabillé et m’étudiait. Un instant l’idée de lui trancher la gorge frôla mon esprit. Juste une rapide entaille sur son cou parfait d’icône de mes deux. Un petit collier pour fêter sa victoire comme il se doit. Ou bien, je pourrais offrir son cœur à Siobhan à son réveil. Bien chaud pour qu’elle le mette dans une boîte sur la cheminée…
Le mien était en train de se briser. À la simple pensée qu’elle ne vive plus près de moi, de ne plus toucher son corps ou qu’elle ne jouisse plus dans mes bras, une rage profonde m’envahissait. Pourquoi, putain ? Pourquoi la mettre sur ma route ? Qu’elle m’aime, pour ça ! Je soupirai en pivotant. J’avais besoin d’air.
— Où tu vas ? s’inquiéta Joseph en retenant mon bras.
— Je digère. Si son état change, préviens‑moi, bredouillai‑je.
J’avais aperçu une forêt à gauche de leur campement, à notre arrivée. Je marchai entre leurs habitats précaires. Je dépassai un foyer large de plus de deux mètres qui trônait au centre de leur village. Des braises encore incandescentes chauffaient la zone cerclée de grosses pierres. Je poursuivis mon chemin tout droit jusqu’à la lisière de mon objectif. J’écartai mon blouson et jetai une série de lames dans les troncs. Je hoquetai, déstabilisé. J’avais loupé une cible, pour la première fois. Je récupérais d’abord tous mes couteaux enfoncés dans les écorces, puis je m’agenouillai pour attraper la lame dans les débris. Je me laissai tomber sur les fesses. Mes genoux se replièrent devant mon torse. Ma main serrée autour des manches, je détaillai mes armes. Elles étaient parfaitement lestées, ajustées à la perfection, sans le moindre accroc. Nous formions un tandem infaillible, jusqu’à aujourd’hui. Mon regard se voila. Mon front tomba sur mon avant‑bras. J’accueillais mon désespoir. Je pleurais comme un gamin, le cœur brisé à l’idée de perdre la femme qui m’avait ramené à la vie.
— Je ne supporterai pas de la perdre, bafouillai‑je.
